Robert Badinter restera dans l’Histoire comme le ministre de la Justice qui, sous la présidence de François Mitterrand, réduisit au chômage l’exécuteur des hautes œuvres et relégua la machine à décapiter du Docteur Guillotin au musée des horreurs.
Des origines modestes
Né le 30 mars 1928 à Paris, Robert Badinter vit son père Simon, juif originaire de Bessarabie, arrêté par les Allemands à Lyon, le 9 février 1943 et déporté au camp d’extermination de Sobigor où il mourut peu de temps après. Sa mère, Charlotte Rosenberg ne savait ni lire ni écrire.
Un brillant universitaire
Titulaire d’une licence en lettres en 1947 puis d’une licence en droit l’année suivante, le jeune Robert obtint une bourse du gouvernement français pour aller étudier aux Etats-Unis d’où il revint nanti du diplôme de « Master of Arts » de l’Université de Columbia. Il compléta sa formation en France par un doctorat en droit obtenu en 1952 et fut, en 1965, lauréat du concours d’agrégation en droit, ce qui lui permit de devenir maître de conférence puis Professeur titulaire dans plusieurs facultés de droit, dont celle de Paris I où il enseigna de 1974 à 1994.
Un avocat passionné
Ayant rejoint en 1951 l’ordre des avocats du Barreau de Paris, Robert Badinter commença sa carrière comme collaborateur de maître Henry Torrès et, jusqu’à son entrée au gouvernement en 1981, plaida comme avocat de la défense au sein du cabinet qu’il fonda en 1965 avec Jean-Denis Bredin. Il exerça autant comme avocat d’affaires que dans le secteur du droit commun.
En 1972, la condamnation à mort et l’exécution le 28 novembre 1972 de son client, Roger Bontems, fut le déclic qui déclencha son combat passionné contre la peine de mort. Bontems avait été le complice de Claude Buffet lors d’une prise d’otages à la prison de Claivaux qui se termina tragiquement par l’égorgement d’un surveillant et d’une infirmière. Le tribunal avait reconnu que Bontems n’avait pas tué mais l’avait tout de même condamné à mort. Révolté par cette décision, Robert Badinter fit de l’abolition de la peine de mort son cheval de bataille.
Le ministre de la Justice
Très proche de François Mitterrand qu’il soutint activement durant les deux campagnes présidentielles de 1974 et de 1981, Robert Badinter fut nommé Garde des Sceaux dans les gouvernements de Pierre Maurois et, à ce titre, présenta et défendit le projet de loi qui lui tenait à cœur visant à abolir la peine de mort en France. L’Assemblée nationale l’adopta le 18 septembre 1981 par la majorité de gauche mais aussi certaines voix de droite comme celles de Jacques Chirac et de Philippe Seguin. Le Sénat fit de même le 30 septembre. La loi n°81-908 du 9 octobre 1981 fut promulguée le lendemain
Durant les cinq ans passés à la tête de son ministère, Robert Badinter conduisit une politique active de défense des libertés marquée par la suppression de la Cour de Sûreté de l’Etat et des tribunaux militaires et l’adoption de nouvelles lois accordant de nouveaux droits aux victimes. Il a présidé la commission chargée de rédiger le nouveau Code pénal, adopté en 1992 en remplacement du Code Napoléon. Mars 1986 vit son accession pour 9 ans à la présidence du Conseil Constitutionnel.
Une intense activité internationale
Parmi les principales activités de Robert Badinter sur la scène internationale, on peut citer :
-la présidence de la Commission d’arbitrage de la Conférence pour la paix en ex-Yougoslavie,
-une contribution à la création du Tribunal international pour l’ex Yougoslavie,
-une contribution à la création de la Cour Pénale internationale de la Haye,
-la création et la présidence de la Cour de Conciliation et d’arbitrage de l’O.S.C.E,
-la participation aux travaux de la Convention de Bruxelles pour l’élaboration du projet de constitution européenne,
-en novembre 2003, la désignation par le Secrétaire général de l’ONU pour siéger dans le Comité de seize personnalités internationales chargées de proposer une réforme de l’ONU,
-la participation à l’élaboration de la Constitution de Roumanie.
Une fructueuse longévité
A plus de 85 ans, Robert Badinter qui a abandonné son dernier mandat électif et pris du recul avec la politique vient d’écrire un livret d’opéra d’après la nouvelle « Claude Gueux » de Victor Hugo et créé avec l’assistance de deux autres professeurs de droit le cabinet de consultations juridiques « Corpus consultants » destiné à répondre à des questions précises posées par des juristes.
Conscient et solidaire
Respectueux de la vie, Robert Badinter ne pouvait pas rester insensible aux crimes commis par les troupes de Maliki contre les membres de l’OMPI opposés au régime dictatorial des mollahs.
Il figure en compagnie de son épouse Elisabeth Badinter sur la liste des 33 intellectuels français qui ont publié un communiqué réclamant, outre la libération des sept otages d’Achraf, une mission d’enquête internationale et impartiale sur la tuerie du 1er septembre et la protection effective des résidents de Liberty par les casques bleus de l’ONU.